Négociation de la NAO

La négociation annuelle obligatoire (NAO) constitue un rendez-vous incontournable dans la vie sociale des entreprises françaises. Depuis l’ordonnance de 2017, ce processus réglementé implique employeurs et représentants du personnel dans des discussions sur la rémunération, l’égalité professionnelle et la gestion prévisionnelle des emplois. Comprendre ses rouages permet d’optimiser ces échanges déterminants pour l’avenir des salariés. Entre 2021 et 2022, le nombre d’accords déposés dans le cadre des négociations annuelles obligatoires a augmenté de 15%, témoignant d’une dynamisation du dialogue social en entreprise. Cette progression illustre l’engagement croissant des partenaires sociaux dans ces processus réglementaires.

Les fondamentaux de la négociation annuelle obligatoire : cadre juridique et enjeux

L’ordonnance n° 2017-1385 du 22 septembre 2017 a profondément restructuré le cadre juridique des négociations obligatoires en entreprise. Cette réforme s’articule autour d’un triptyque : l’ordre public, qui fixe les règles impératives auxquelles on ne peut déroger par voie conventionnelle ; le champ de la négociation collective, qui détermine les dispositions devant ou pouvant relever de la négociation ; et les dispositions supplétives, applicables en l’absence d’accord collectif. Cette architecture vise à clarifier les obligations patronales tout en offrant davantage de souplesse aux partenaires sociaux.

Les entreprises concernées par l’obligation de négocier

Depuis cette réforme, l’employeur est tenu d’initier les NAO dans toutes les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d’organisations représentatives. Cette obligation concerne donc prioritairement les structures disposant de délégués syndicaux. En l’absence de section syndicale, d’organisation représentative et de délégué syndical, les entreprises restent soumises à l’obligation d’ouvrir les négociations, mais sans exigence de parvenir à un accord.

Le Code du travail distingue ainsi deux niveaux d’obligation : l’obligation d’engager des négociations, qui ne se confond pas avec celle de conclure un accord. Le législateur impose seulement d’initier l’ouverture des négociations, dans le respect du principe de loyauté. Si aucun accord n’est conclu au terme des échanges, un procès-verbal de désaccord doit être établi, consignant les propositions respectives des parties.

Les sanctions en cas de manquement

Le non-respect de ces obligations expose l’employeur à plusieurs catégories de sanctions prévues par le Code du travail. Les sanctions communes concernent tous les thèmes de négociation : sanctions pénales et sanctions liées au non-respect du principe de loyauté. La pénalité n’est toutefois pas applicable si l’employeur a engagé la négociation, peu importe qu’un accord ait été conclu.

Une dynamique de négociation renforcée

Ces évolutions législatives ont favorisé le développement de la négociation collective. Une étude publiée en décembre révèle une augmentation de plus de 15% du nombre d’accords déposés entre 2021 et 2022, témoignant du dynamisme du dialogue social en entreprise. Cette progression s’explique notamment par l’assouplissement des modalités de négociation introduit par les ordonnances de 2017.

Les acteurs de la négociation : rôles et responsabilités des parties prenantes

Les acteurs de la négociation : rôles et responsabilités des parties prenantes

Les délégués syndicaux : piliers de la négociation

Dans les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d’organisations représentatives, les délégués syndicaux constituent les interlocuteurs privilégiés pour mener les négociations annuelles obligatoires. Leur participation s’impose à l’employeur, qui ne peut engager ces discussions sans leur présence formelle.

En cas de pluralité de syndicats dans l’entreprise, au moins deux délégués syndicaux doivent être invités à participer aux discussions, garantissant ainsi une représentation équilibrée des différentes organisations. Cette règle vise à assurer un dialogue social diversifié et à éviter qu’une seule organisation ne monopolise la négociation. Les statistiques révèlent que 51 % des accords sont signés par des délégués syndicaux, démontrant leur rôle prépondérant dans le processus.

Les solutions alternatives en l’absence de délégué syndical

Lorsqu’aucun délégué syndical n’a été désigné dans l’entreprise, le législateur a prévu des modalités alternatives pour permettre la tenue des négociations. Le comité social et économique (CSE) peut alors endosser ce rôle, permettant aux représentants élus du personnel de mener les discussions avec l’employeur.

En l’absence de CSE, les entreprises peuvent recourir à des salariés mandatés par une organisation syndicale représentative au niveau de la branche professionnelle ou national. Cette solution préserve le lien avec les organisations syndicales tout en s’adaptant aux réalités des structures de taille modeste.

Dernière option prévue par le Code du travail : l’approbation directe par les salariés, à condition de recueillir l’accord de la majorité des suffrages exprimés. Cette méthode, utilisée dans 26 % des cas selon les données récentes, permet aux salariés de valider directement les propositions de l’employeur.

Les obligations de l’employeur : initiative et transparence

L’employeur porte la responsabilité d’initier les négociations dans les délais prévus. Cette obligation d’initiative s’accompagne d’un devoir de transparence et de loyauté dans la conduite des discussions. Concrètement, il doit fournir l’ensemble des informations nécessaires à tous les participants, y compris aux organisations syndicales non représentatives de certaines catégories de salariés.

La communication des données revêt une importance particulière : l’employeur doit transmettre la moyenne des salaires par catégories professionnelles, le montant des primes versées, le nombre de bénéficiaires et les critères d’attribution appliqués. Cette exigence de transparence permet aux négociateurs de disposer d’une vision complète de la politique salariale.

Les niveaux de négociation : de l’entreprise au groupe

Les discussions se déroulent généralement au niveau de l’entreprise, mais le dispositif législatif autorise une certaine souplesse. Les négociations peuvent ainsi s’organiser au niveau des établissements ou des groupements d’établissements, sous réserve qu’aucun syndicat représentatif ne s’y oppose.

Les thèmes de négociation : rémunération, égalité professionnelle et GEPP

Les thèmes de négociation : rémunération, égalité professionnelle et GEPP

La Loi Rebsamen de 2015 a restructuré les Négociations Annuelles Obligatoires autour de trois grands axes thématiques, simplifiant ainsi le dialogue social en entreprise. Cette organisation permet aux partenaires sociaux de mener des discussions plus cohérentes et structurées sur les enjeux fondamentaux du travail.

La rémunération : salaires, temps de travail et partage de la valeur

La première thématique porte sur l’ensemble des éléments relatifs à la rémunération des salariés. Elle englobe les salaires effectifs, la durée et l’organisation du temps de travail, ainsi que les dispositifs de partage de la valeur ajoutée comme l’intéressement et la participation. Les négociations doivent également aborder les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, ainsi que les différences dans le déroulement de carrière selon le genre.

L’employeur doit impérativement fournir des données précises lors de ces discussions. Parmi les informations obligatoires figurent la moyenne des salaires versés par catégories de salariés (emplois-types, métiers repères), le montant des primes distribuées, le nombre de bénéficiaires par catégorie professionnelle et les critères d’attribution appliqués. Ces données permettent aux organisations syndicales de disposer d’une vision globale de la politique salariale et de proposer des ajustements équitables pour tous les salariés de l’entreprise.

L’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail

Le deuxième bloc concerne l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ainsi que la qualité de vie au travail. Les négociations portent notamment sur l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle, l’égalité salariale et les conditions de travail au quotidien.

Depuis le 1er mars 2022, les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent publier annuellement les écarts de représentation entre les femmes et les hommes parmi les cadres dirigeants et les membres des instances dirigeantes. Cette obligation renforce la transparence et encourage les entreprises à mettre en place des actions concrètes pour favoriser la mixité aux postes à responsabilité.

La Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEPP)

Dans les entreprises de plus de 300 salariés, une troisième négociation doit être menée au moins une fois tous les quatre ans sur la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels. Cette GEPP, anciennement appelée GPEC, vise à anticiper les évolutions des métiers et des compétences nécessaires au développement de l’entreprise. Elle comprend :

  • Des mesures d’accompagnement en matière de formation professionnelle
  • Des dispositifs de sécurisation des parcours professionnels
  • Des actions de développement des compétences
  • La prise en compte des enjeux de transition écologique depuis la loi Climat et résilience de 2021

Cette thématique permet d’anticiper les transformations économiques et technologiques, tout en offrant aux salariés des perspectives d’évolution professionnelle adaptées aux besoins futurs de l’organisation.

Organisation et déroulement : méthodes et calendrier des négociations

Définir le cadre : l’accord de méthode et ses contenus

L’accord de méthode, prévu par le Code du travail, permet aux partenaires sociaux d’organiser les négociations annuelles obligatoires selon les spécificités de l’entreprise. Ce dispositif conventionnel fixe les règles du jeu et détermine plusieurs paramètres structurants. Depuis les ordonnances Macron de 2017, la périodicité peut être adaptée par accord collectif et aller au-delà ou en-deçà de quatre ans, dans certaines limites.

L’accord doit obligatoirement préciser les thèmes des négociations et leur périodicité, en veillant à ce que tous les sujets relevant de l’ordre public soient abordés au moins une fois durant la période définie. Le contenu de chaque thème doit être explicité, tout comme le calendrier et les lieux des réunions. L’employeur s’engage également sur les informations qu’il remettra aux délégués syndicaux, ainsi que sur les dates de cette remise. Enfin, les modalités de suivi des engagements souscrits par les parties doivent être définies pour garantir l’application concrète des accords conclus.

Les dispositions supplétives en l’absence d’accord

Lorsqu’aucun accord de méthode n’a été négocié, le Code du travail impose un cadre précis. L’employeur doit alors engager deux négociations distinctes chaque année : la première porte sur la rémunération, le temps de travail et le partage de la valeur ajoutée dans l’entreprise ; la seconde concerne l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ainsi que la qualité de vie et des conditions de travail. Pour les entreprises ou groupes d’entreprises employant au moins 300 salariés, ainsi que pour les entreprises ou groupes de dimension communautaire comportant au moins un établissement ou une entreprise de 50 salariés en France, une négociation supplémentaire sur la gestion des emplois et des parcours professionnels s’impose tous les quatre ans.

Si l’employeur n’initie pas ces négociations dans les délais réglementaires — douze mois pour les négociations annuelles, quarante-huit mois pour la négociation quadriennale — toute organisation syndicale représentative peut en faire la demande. L’employeur dispose alors de huit jours pour transmettre cette demande aux autres organisations représentatives, et la première réunion doit se tenir dans les quinze jours suivants.

L’articulation avec les consultations du CSE et la BDESE

Les négociations annuelles obligatoires s’articulent étroitement avec les consultations du comité social et économique. La consultation sur la situation économique et financière et celle sur la politique sociale, les conditions de travail et l’emploi constituent des moments privilégiés pour alimenter les discussions salariales. L’employeur peut intégrer à la Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales les informations nécessaires aux négociations obligatoires sur la rémunération, l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail, ainsi qu’aux consultations ponctuelles du CSE. Cette centralisation documentaire facilite l’accès aux données pour l’ensemble des acteurs du dialogue social.

Les niveaux de négociation possibles

Les négociations se déroulent principalement au niveau de l’entreprise, mais d’autres configurations demeurent envisageables. La négociation peut s’organiser au niveau des établissements ou groupes d’établissements, à condition qu’aucun syndicat représentatif à ces niveaux ne s’y oppose. Le niveau du groupe peut également être retenu : soit par un accord de méthode prévoyant cette dispense et définissant les thèmes concernés, soit lorsqu’un accord sur le même thème a déjà été conclu au niveau du groupe et remplit les conditions légales requises.

L'expertise CE Expertises dans l'accompagnement des négociations annuelles obligatoires

L’expertise CE Expertises dans l’accompagnement des négociations annuelles obligatoires

CE Expertises : une référence pour l’accompagnement stratégique des NAO

Dans le cadre complexe des négociations annuelles obligatoires, CE Expertises s’est imposé comme un partenaire de référence pour les représentants du personnel en France. Ce cabinet d’expertise comptable, spécialisé dans l’accompagnement des Comités Sociaux et Économiques, déploie une expertise technique pointue au service d’une préparation rigoureuse des dossiers de négociation.

L’accompagnement proposé par CE Expertises repose sur une analyse approfondie des données économiques et financières de l’entreprise, permettant aux délégués syndicaux de disposer d’arguments factuels et chiffrés lors des discussions avec l’employeur. Le cabinet intervient dès la phase préparatoire en décryptant les documents financiers mis à disposition dans la BDESE, en identifiant les marges de manoeuvre budgétaires de l’entreprise et en établissant des comparaisons sectorielles pertinentes.

Une approche conseil adaptée aux enjeux de la négociation

CE Expertises développe une méthodologie d’accompagnement structurée autour de plusieurs axes complémentaires. Le cabinet assiste les représentants du personnel dans la construction de propositions argumentées, en s’appuyant sur une connaissance approfondie du cadre juridique des NAO et des obligations légales de l’employeur. Cette assistance technique se matérialise également lors des réunions de négociation, où les experts du cabinet apportent un éclairage en temps réel sur les données présentées et les contre-propositions formulées.

Les bénéfices de cet accompagnement se mesurent concrètement : maîtrise des enjeux financiers, capacité à interpréter les documents comptables de l’entreprise, élaboration de scénarios de négociation chiffrés et optimisation des résultats obtenus. Le cabinet met à profit son expérience sectorielle pour contextualiser les demandes et renforcer leur légitimité auprès de l’employeur.

Un accompagnement personnalisé pour les NAO 2025

Face aux évolutions du cadre légal et aux spécificités de chaque entreprise, CE Expertises propose un accompagnement sur mesure pour la préparation des NAO 2025. Les représentants du personnel peuvent contacter le cabinet pour échanger sur leurs besoins d’assistance technique et définir ensemble les modalités d’intervention les mieux adaptées à leur contexte de négociation. Cette démarche permet d’aborder les discussions avec l’employeur dans une posture renforcée, fondée sur une expertise reconnue et des propositions solidement étayées.

L’essentiel à retenir sur le processus de négociation de la NAO

La négociation annuelle obligatoire demeure un levier de dialogue social en constante évolution. Face aux transformations du travail et aux nouveaux enjeux sociétaux, les entreprises devront adapter leurs pratiques de négociation. L’accompagnement par des experts comptables spécialisés comme CE Expertises devient déterminant pour préparer efficacement ces rendez-vous. L’avenir des NAO s’oriente vers plus de transparence et de participation active des salariés dans la construction de leur environnement professionnel.